Entretien avec Sergi Corbalán, directeur exécutif du Fair Trade Advocacy Office

Entretien du Bureau du CTA à Bruxelles,  publié le 06/03/2019

Le Fair Trade Advocacy (FTAO) est une initiative conjointe de Fairtrade International, de World Fair Trade Organization et de World Fair Trade Organization-Europe.

Le 22 juin 2016, le CTA a organisé le 44e Briefing de Bruxelles sur le thème de  »Un approvisionnement responsable et durable grâce au commerce équitable développement », dans le cadre d’une série de Briefings bimensuels consacrés aux questions liées au développement rural et agricole des pays ACP. Plus de 120 participants étaient réunis à Bruxelles pour discuter des principaux progrès et enseignements tirés du modèle d’approvisionnement responsable et durable grâce au commerce équitable, ainsi que du vaste éventail de perspectives pour les chaînes de valeur. Ce Briefing portait sur les réussites des pays ACP en matière d’approvisionnement grâce au modèle du commerce équitable et soulignait l’impact de cette approche plus responsable et durable sur le mode de production et sur les pratiques commerciales dans les marchés du nord et du sud.

 

Sergi Corbalán, directeur exécutif du Fair Trade Advocacy Office

1. Vous êtes le Directeur de Fair Trade Advocacy, basé à Bruxelles. Pourriez-vous nous présenter votre organisation ?

Le Fair Trade Advocacy (FTAO) est une initiative conjointe de Fairtrade International, World Fair Trade Organization et World Fair Trade Organization-Europe. Notre bureau à Bruxelles dirige le mouvement de plaidoyer politique en faveur du commerce équitable au niveau de l’Union européenne et contribue au renforcement des capacités de plaidoyer politique du mouvement mondial du commerce équitable. Ces capacités de plaidoyer doivent être nourries par un indispensable travail de suivi par l’UE de l’effet et de la pertinence des positions de l’Union sur le commerce équitable. L’une de nos activités journalières consiste à fournir ces informations et ces analyses politiques au mouvement en faveur du commerce équitable. Outre ce suivi, le FTAO mène un travail de plaidoyer politique en faveur de la reconnaissance de l’UE tout en menant des recherches, en identifiant, en promouvant et en influençant les cadres politiques de l’UE. Ce faisant, il nous importe de renforcer les capacités et de faciliter l’échange d’informations sur les meilleures pratiques en matière de chaînes de valeur durables et de systèmes de commerce équitable et éthique pour définir nos exigences politiques.

2. Quels sont les principaux obstacles au commerce équitable dans le secteur agricole des pays du Sud ?

Malheureusement, le commerce international et les chaînes d’approvisionnement reposent sur une concurrence féroce entre les fournisseurs et les pays, dans le cadre de laquelle il est courant de contraindre les fournisseurs à vendre au plus bas prix. Cette pression commerciale débouche sur une baisse des prix et sur des pratiques commerciales déloyales appliquées aux coopératives de producteurs agricoles, ce qui se traduit par une baisse des revenus des agriculteurs et des salaires des travailleurs agricoles. Souvent, les agriculteurs ne sont pas assez développés, puissants ou organisés pour négocier des conditions commerciales décentes avec les acheteurs. Dans ce contexte, il est essentiel que les agriculteurs reçoivent un soutien. Les gouvernements des pays producteurs ont également un rôle essentiel à jouer en renforçant les agriculteurs et les syndicats organisés. Les systèmes de certification du commerce équitable et les entreprises du commerce équitable peuvent s’associer aux agriculteurs et aux gouvernements pour œuvrer à majorer la part de valeur reçue par les producteurs marginalisés. Ils peuvent également soutenir les agriculteurs victimes de pratiques commerciales déloyales de la part d’acheteurs de l’UE, en particulier lors de l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions réglementaires de l’Union relatives aux pratiques commerciales déloyales dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire.

3. Le 19 décembre 2018, l’UE est parvenue à un accord politique sur un nouvel ensemble de règles qui garantira la protection des agriculteurs et d’une grande majorité des entreprises agro-alimentaires européennes contre les pratiques commerciales déloyales. Quels en seront les effets sur les agriculteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ?

Nous saluons les nouvelles règles de l’UE, qui créeront des conditions de concurrence équitables capables d’offrir une protection à tous les fournisseurs du marché de l’UE exposés à des pratiques d’achat déloyales, notamment les retards de paiement ou les commandes annulées. Cette protection s’applique quel que soit l’endroit où le fournisseur est établi. Toute entreprise agro-alimentaire ACP qui vend directement à un client établi dans l’UE devra se familiariser avec les conditions de la directive. Sitôt la directive adoptée dans toute l’Europe (au plus tard à la mi 2021), le fournisseur qui estime être traité illégalement peut déposer une plainte confidentielle auprès d’une instance répressive dans le pays de l’UE où il est établi. Cette instance enquêtera sur le dossier et pourra imposer une amende à tout acheteur déclaré coupable. Ces nouvelles règles de l’UE constituent une réussite digne d’être célébrée !