Entretien avec Hannelore Beerlandt, PDG d’AgriCord, 21/01/2019

 

Vous êtes la PDG d’AgriCord. Pouvez-vous nous résumer les principales activités d’AgriCord, qui a son siège à Bruxelles ?

L’Alliance AgriCord, fournisseur de services et facilitateur du renforcement des capacités reconnu à l’échelle internationale, œuvre en faveur des coopératives agricoles et des organisations paysannes des pays en développement. La participation des agriculteurs est au cœur de notre approche. Les agriculteurs parlent la même langue et AgriCord encourage donc le dialogue direct Sud-Sud-Nord entre les organisations paysannes. Nous nous employons aussi à rappeler aux décideurs politiques et aux investisseurs que les organisations paysannes et les coopératives agricoles sont d’importants moteurs de la croissance inclusive et qu’elles ont par conséquent un rôle considérable à jouer dans la transition rurale.

AgriCord est née d’une initiative d’organisations professionnelles d’agriculteurs et de coopératives agricoles de pays de l’Union européenne, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Canada qui unissent leurs efforts pour renforcer les capacités de leurs pairs des pays en développement. À cette fin, ils ont mis en place des agences de développement, les « agri-agences ». L’Alliance AgriCord se compose actuellement de 14 agri-agences qui gèrent et mettent en œuvre conjointement un programme de développement commun : « Farmers Fighting Poverty » (FFP, Fermiers contre la pauvreté).

AgriCord soutient les organisations d’agriculteurs dans leurs différentes fonctions –représentation, services économiques, services techniques et fourniture de « biens publics » – en leur proposant tout un éventail de services spécialisés. Ces services reposent sur une approche centrée sur l’agriculteur, inscrite dans la coopération entre les organisations paysannes et bénéficiant du savoir-faire du secteur agroalimentaire des pays d’origine des agri-agences. AgriCord apporte son soutien à plus de 600 organisations paysannes et coopératives agricoles membres, dans 70 pays en développement. Les organisations paysannes partenaires incluent des associations paysannes locales, des coopératives nationales avec d’importantes capacités de transformation, mais aussi des réseaux régionaux dont les activités incluent le lobbying.

 

L’UE et les États membres de l’UE financent divers projets d’AgriCord dans le cadre du soutien aux petits agriculteurs. Le Groupe ACP apporte lui aussi son soutien financier depuis peu. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

AgriCord a développé des relations approfondies et stables avec plusieurs partenaires techniques et financiers tels que la FAO, le FIDA, l’UE, le CTA, le GCRAI, l’IFPRI et lance à présent des partenariats avec la Banque africaine de développement, la Banque interaméricaine de développement et la Banque asiatique de développement. AgriCord reçoit des fonds de différents États membres de l’UE, comme les Pays-Bas, la France, la Belgique et la Finlande, ainsi que de la Suisse.

Sur le continent africain, AgriCord a noué solides relations stratégiques avec l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) et les cinq organisations régionales d’agriculteurs qui couvrent 49 pays et représentent plus de 52 millions de petits exploitants, la moitié étant des femmes.

En 2019, la collaboration avec la PAFO passe à la vitesse supérieure, avec la mise en œuvre d’un nouveau programme financé par le Groupe ACP et l’UE. Ce programme vise à renforcer les capacités des organisations de producteurs et des coopératives pour en faire des acteurs solides dans différentes chaînes de valeur. Le programme se concentre sur les ambitions entrepreneuriales de ces organisations et coopératives. Ces entreprises dirigées par des agriculteurs bénéficieront d’un soutien leur permettant d’avoir accès à des capitaux extérieurs et de devenir des acteurs essentiels du marché. L’objectif ultime est que leurs membres obtiennent des prix plus élevés pour leurs produits. Le programme attirera également l’attention des parties prenantes du secteur, notamment les gouvernements et les donateurs, sur les besoins des petits exploitants. Une attention particulière est accordée à la mise en place d’un environnement commercial favorable aux agricultrices et aux jeunes agriculteurs.

Agricord, l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) et le CTA ont développé un programme de soutien aux organisations paysannes africaines autour du thème « Préparer la prochaine génération d’agriculteurs ». Ce programme a mis l’accent sur le soutien au renforcement des capacités des organisations paysannes africaines par l’amélioration des politiques, des technologies et des capacités. Pouvez-vous nous résumer les principales recommandations issues de la mise en œuvre de ce programme et nous expliquer les prochaines étapes ?

Ce qui a fait la réussite du programme CTA/PAFO/AgriCord, c’est le fait que les organisations paysannes régionales participantes ont lancé des projets dont les résultats ont largement dépassé les attentes. Ces projets ont permis de développer des processus numériques ambitieux qui ne se limitent pas à améliorer l’efficacité de l’information ou l’accès à celle-ci, mais qui ont un réel effet systémique structurel ; la plateforme mobile innovante e-Granary, développée par la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF), en est un bel exemple. e-Granary fournit déjà des services de vulgarisation électronique axés sur le marché à plus de 100 000 agriculteurs ougandais.

La numérisation favorise enfin un changement de paradigme permettant d’uniformiser les efforts de développement – entre les sexes, entre les pays développés et en développement, entre l’agroécologie et l’agriculture moderne de haute technologie, entre le secteur privé et non privé. L’Afrique a une longueur d’avance sur l’Europe dans le domaine des services bancaires mobiles, ne l’oublions pas ! La technologie numérique existe, nous n’avons pas besoin de l’inventer. Nous devons simplement nous assurer que les agriculteurs y ont accès et que leurs besoins sont pris en compte lors du développement de nouvelles applications.

Nous sommes néanmoins bien conscients du fait que des retards et lacunes doivent encore être comblés, comme la fracture numérique, qui nécessite une attention particulière. Dans le même temps, la numérisation offre une chance formidable d’inciter les jeunes à se lancer dans l’agriculture. Ces technologies améliorent aussi l’efficacité et le ciblage de l’information, ainsi que l’accès à l’information pour tous. Cette créativité offre de formidables perspectives d’avenir. La numérisation aide les agriculteurs à anticiper et à envisager de nouvelles possibilités tout en incitant les jeunes à se lancer dans le secteur. Elle permet d’abandonner une vision dépassée de l’agriculture, mais aussi du développement.

AgriCord tient à poursuivre ce partenariat unique avec la PAFO et le CTA en exploitant les enseignements du programme et en reproduisant à grande échelle les projets relevant de notre programme commun qui se sont révélés efficaces. Nous sommes ainsi en mesure de donner aux agriculteurs africains les moyens de changer notre vision des choses et de prendre leur avenir en main !