Ce Briefing de Bruxelles a présenté une nouvelle vision du potentiel de l’agriculture dans les États fragiles et souligné à cet égard la nécessité d’aider les acteurs locaux et de se concentrer sur les facteurs de la résilience. 

 

Un débat sur les opportunités que l’agriculture présente pour les pays fragiles a eu lieu à Bruxelles le 27 juin 2018. Des responsables politiques, des praticiens, des experts et des représentants du secteur privé ont présenté de nouvelles approches efficaces dans ce domaine, et mis ainsi au jour de nouvelles perspectives.

Ce 51e Briefing – « L’agriculture, moteur de reconstruction économique et de développement dans les États fragiles » – était organisé par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) ACP-UE, en coopération avec la Commission européenne/DEVCO, le Secrétariat ACP et CONCORD.

Dans leurs remarques introductives, les représentants des partenaires organisateurs – Bernard Rey de la Commission européenne, Viwanou Gnassounou du Secrétariat ACP et Michael Hailu du CTA, ont tous mis en avant les préoccupations plus générales en rapport avec la fragilité, notamment dans le contexte de la crise migratoire, et l’importance d’aider les pays à sortir de la fragilité pour réaliser les Objectifs de développement durable (ODD).

Plus de 120 participants ont suivi les discussions au Secrétariat ACP, mais aussi en direct sur internet (retransmission en continu) et sur les médias sociaux. Ils ont pu ainsi interagir avec les conférenciers et les intervenants, parmi lesquels d’éminents experts, spécialisés dans les États fragiles et l’agriculture.

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De la fragilité à la résilience – remettre en question une série d’idées reçues

Tout au long du Briefing, l’ensemble des intervenants et conférenciers ont souligné l’importance de l’agriculture pour les États fragiles. Les intervenants du premier Panel « La fragilité et ses impacts sur le secteur agricole » ont toutefois défendu différentes visions de la fragilité et diverses approches de soutien à l’agriculture dans les États fragiles.

« Nous pouvons en apprendre beaucoup sur la fragilité en examinant quelles formes a pris la résilience. Or, notre réflexion et nos discussions ont souvent négligé cet aspect », a déploré James Putzel, professeur à la London School of Economics. Il a ainsi souligné la nécessité d’élargir la réflexion et le débat pour éviter de simplement cataloguer des pays comme étant des États « fragiles », qui sont alors supposés être intrinsèquement pauvres, en conflit ou incapables de s’appuyer sur une économie qui fonctionne bien.

Rajendra K. Aryal, de la FAO, et Alexandros Ragoussis, de la SFI / Groupe de la Banque mondiale, ont expliqué comment les politiques de développement peuvent soutenir concrètement l’agriculture. Dans la pratique, la FAO adopte une vision à long terme ; elle coopère avec les communautés et les dirigeants pour promouvoir et soutenir l’agriculture afin que ce secteur soit en mesure de rétablir et de développer des moyens de subsistance, même dans le contexte d’une situation de conflit. Rajendra Aryal a insisté sur la nécessité d’offrir des opportunités aux communautés rurales des États fragiles. C’est ce que fait par exemple l’initiative Résilience des organismes ayant leur siège à Rome. Axée sur les jeunes des régions rurales, elle vise à contribuer à créer des emplois et à limiter l’émigration. Dans sa présentation très détaillée, le Dr Alexandros Ragoussis a examiné le travail et les activités de la SFI / Banque mondiale et aussi expliqué comment ces institutions abordent la problématique de la fragilité et la définissent. Investisseurs de premier plan dans les États fragiles, la SFI/Banque mondiale réorientent leur approche en donnant une plus grande priorité à l’agriculture, car « l’agriculture est deux à quatre fois plus efficace pour sortir les habitants de l’extrême pauvreté que les investissements dans tout autre secteur de l’économie », a ainsi affirmé M. Ragoussis.

Les discussions au sein du premier Panel ont surtout porté sur la façon d’appréhender, correctement et dès le départ, le soutien à l’agriculture dans les États fragiles. M. Putzel a insisté sur la nécessité de se concentrer sur les marchés locaux et régionaux, en veillant à ce que les producteurs puissent répondre à la demande sur ces marchés. M. Ragoussis a quant à lui préconisé des approches qui améliorent aussi l’accès des agriculteurs aux marchés internationaux, car les marchés domestiques et les revenus des pays fragiles ne sont pas suffisants pour soutenir la croissance. M. Aryal a expliqué que l’initiative de la FAO a identifié comme point d’entrée pour le soutien au secteur agricole l’accès des jeunes qui possèdent des compétences mais qui ne trouvent pas d’emploi dans leur domaine de qualification.

Développer à plus grande échelle les approches efficaces et assurer leur financement

Le deuxième Panel a donné la parole à des praticiens de certains des pays les plus fragiles (Burundi, Somalie, Soudan du Sud). Le PAM/SFI, la CAPAD (Confédération des associations des producteurs agricoles pour le développement), Cordaid et World Vision ont partagé un large éventail d’expériences et décrit les divers facteurs de succès dans chacun des programmes de ces organisations.

Tous ces praticiens se sont mis d’accord sur la nécessité de reconnaître et de promouvoir l’activité économique locale et du secteur privé, même dans les situations de conflit. C’est ce que fait le Programme d’achats au service du progrès (P4P) du PAM, qui est le volet économique des interventions d’aide humanitaire de nature plus générale de l’organisation. « Dans le cadre de notre travail humanitaire, nous nous sommes rendu compte que la nourriture ne sauve pas seulement des vies. C’est aussi un bon instrument pour promouvoir le développement et la consolidation de la paix », a souligné le directeur du P4P, le Dr Bing Zhao.

Ce point de vue – l’importance de l’agriculture dans la consolidation de la paix – a été relayé par Harma Rademaker de Cordaid, qui a parlé du travail de cette organisation au Soudan du Sud, notamment dans le domaine de la réduction des risques de catastrophe et du renforcement de la résilience. Elle a souligné l’importance de travailler avec les communautés et de s’assurer que l’approche adoptée tienne compte de leurs priorités, en particulier pour les groupes en conflit. Elle a aussi insisté sur le fait qu’il ne faut pas négliger l’importance de l’agriculture pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Dr Katharine Downie qui travaille pour World Vision dans le contexte du Programme de résilience en Somalie a également insisté sur l’importance des moyens de subsistance, et la nécessité de mettre aussi l’accent sur l’accès aux marchés.

Le point de vue du secteur privé, présenté par Dr Annick Sezibera, secrétaire exécutive de la CAPAD, a contribué à mettre en évidence les opportunités offertes par les producteurs en termes de renforcement de la résilience à travers l’agriculture et non pas uniquement à la suite d’interventions externes et/ou de bailleurs de fonds. La CAPAD a renforcé l’autonomisation des producteurs – dont beaucoup sont des femmes – par le biais de coopératives, en répondant aux préoccupations économiques et sociales de leurs membres et en mettant l’accent sur l’amélioration de leur participation au marché.

Mieux faire le lien entre les solutions locales et les interventions extérieures

Après deux séances de questions et réponses très intéressantes, le Briefing s’est terminé sur les remarques de clôture, qui ont appelé à consentir davantage d’efforts pour que les interventions extérieures soutiennent mieux les solutions et success stories du terrain. L’accent a été mis sur le rôle crucial joué dans ces réussites par les communautés et les groupes de producteurs qui approvisionnent les marchés locaux. Il convient également de ne pas perdre de vue les difficultés auxquelles ils sont confrontés, à savoir le contexte instable sur le plan de la sécurité dans lequel ils opèrent, le caractère informel de leurs opérations et leur accès limité au financement, aux intrants et aux capacités. C’est à ces différents niveaux que les partenaires extérieurs peuvent jouer un rôle.

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