Les agripreneurs, les technologies et l’innovation transforment le paysage de l’agriculture urbaine.

Le 50e Briefing de Bruxelles sur le développement (n°50) –  « Produire de la nourriture dans les villes : Succès et nouvelles opportunités » – organisé le 10 avril dernier au Secrétariat ACP, a réuni plus de 140 participants et leur a permis de faire le point sur l’agriculture urbaine en Afrique, dans les Caraïbes et dans le Pacifique (ACP) et de discuter des opportunités et des défis dans ce domaine. Lors de cet événement, organisé conjointement par le CTA, la Commission européenne (DG DEVCO), le Secrétariat ACP et Concord Europe, des praticiens, des décideurs politiques et des entrepreneurs de premier plan ont pu formuler leurs recommandations pour des écosystèmes agricoles urbains durables, en mettant l’accent sur la création d’emplois, en particulier pour les jeunes et les femmes, ainsi que sur l’amélioration de l’accès à l’alimentation, de l’assainissement et de la nutrition dans les pays ACP. Les défis de l’urbanisation rapide, de la croissance démographique, de la migration, de la création d’emplois et de l’évolution de la dynamique rurale-urbaine, ont été évoqués lors de ce Briefing. Viwanou Gnassounou a présenté ces questions, qu’il a identifiées comme comptant parmi les principales priorités et préoccupations des pays ACP. Leonard Mizzi, de la Commission européenne, a souligné qu’en 2050, entre 65 % et 75 % de la population vivra en zone urbaine. Dans ce contexte, l’agriculture urbaine est devenue une priorité en Europe, comme en témoignent diverses activités et forums, comme l’Expo de Milan en 2015 et le 8e Sommet des ministres de l’Agriculture de Berlin, en marge du Forum mondial de 2016 pour l’alimentation et l’agriculture (GFFA) qui a publié le communiqué « Comment nourrir nos villes ? Agriculture et zones rurales à l’ère de l’urbanisation » [EN].

Agriculture urbaine : gains économiques et avantages sociaux

Le débat s’est concentré sur l’agriculture urbaine en tant qu’activité économique et sur sa contribution au développement urbain durable. Henk de Zeeuw, de la Fondation RUAF, a expliqué que dans la plupart des villes africaines, 20 à 30 % de la population est impliquée dans l’agriculture urbaine. Parmi ces personnes, jusqu’à 70 % vivent de cette activité, qui a donc des effets multiplicateurs importants.  

« Chaque dollar investi dans la production alimentaire urbaine rapportera entre 1,4 et 2,6 [dollars] de revenus pour les entreprises agroalimentaires, actives dans le transport, la transformation, la production de compost, etc. »
Henk de Zeeuw

Coumbaly Diaw, coordonnateur sous-régional de la FAO au Sénégal, supervise un programme à grande échelle de micro-jardins. Il a ajouté que ces micro-jardins n’apportent pas seulement des avantages, en termes de sécurité nutritionnelle, aux familles pauvres et sans terre des zones urbaines. La production excédentaire peut aussi être vendue, et fournir ainsi des revenus indispensables aux femmes et aux enfants, qui sont les principaux producteurs.

Voilà pour les avantages économiques de l’agriculture urbaine. Axel Timpe, de COST-Action Urban Agriculture Europe, a expliqué que les modèles dynamiques d’exploitation agricole urbaine sont un facteur clé de succès pour les fermes urbaines européennes étudiées dans le cadre du programme COST. Ces entreprises ont intégré l’agriculture urbaine dans des initiatives sociales et environnementales locales par le biais de l’« infrastructure verte », c’est-à-dire des initiatives qui « alignent [l’agriculture urbaine] sur l’urbanisme, l’agriculture urbaine offrant une infrastructure verte et des espaces publics ouverts aux citadins ».

 

Succès des entreprises de jeunes en milieu urbain

Les jeunes entrepreneurs Angel Adelaja, PDG de Fresh Direct au Nigeria, et Peter Chege, PDG de Hydroponics Kenya, ont souligné l’importance de l’innovation et de la technologie, de la proximité des marchés et des consommateurs, ainsi que la nécessité de pouvoir adapter les systèmes de production au contexte local.  Pour Angel Adelaja, le capital humain a été un atout important, et ses réseaux et ses employés ont joué un rôle clé dans la réussite de son entreprise.

« Je me suis rendu compte que nous pourrions diffuser ce genre d’initiatives en se fixant comme objectif d’offrir ainsi des possibilités d’emplois aux jeunes citadins issus de milieux défavorisés, toujours plus nombreux dans le contexte de l’exode croissant vers les villes.»
Angel Adelaja

Adelaja a créé Fresh Direct avec une petite équipe de quatre personnes, dont deux jeunes femmes, et leur a ensuite dispensé une formation en culture hydroponique. Peter Chege a aussi misé sur la création d’emplois pour les jeunes citadins et les migrants, grâce à la formation et au renforcement des compétences, pour développer son entreprise dont les activités s’étendent désormais aux pays voisins du Kenya.

Même si les innovations de haute et de basse technologie ont permis d’augmenter les revenus en Afrique et en Europe, et d’accéder à des aliments nutritifs grâce à l’agriculture urbaine, il y a lieu d’assurer un meilleur accès aux énergies renouvelables bon marché pour pouvoir développer l’agriculture urbaine commerciale de façon à ce qu’elle ait un impact sur la sécurité alimentaire. Cet aspect est particulièrement important pour les fermes verticales et les entrepreneurs hydroponiques tels que Richard Ballard, co-fondateur de Growing Underground au Royaume-Uni, dont l’exploitation fonctionne à l’énergie verte.

« La donne change vraiment lorsque nous disposons d’importantes sources d’énergie renouvelables bon marché et que nous pouvons commencer à produire des aliments de base et toute une variété de légumes. »
Richard Ballard

Des mesures de suivi pour développer l’agriculture urbaine dans les pays ACP

Évoquant les divers exemples d’initiatives d’agriculture urbaine réussies présentés lors du Briefing, Isolina Boto, du CTA, a indiqué que ces initiatives devaient absolument être assorties de mesures de suivi pour que l’agriculture urbaine continue à apporter des gains et des avantages, en particulier aux jeunes et aux femmes. Elle a d’abord souligné la nécessité de cartographier, de documenter et de partager les modèles prometteurs d’entreprises agricoles urbaines, en examinant les innovations, les technologies et d’autres facteurs propices à leur reproduction et leur diffusion. Elle a ensuite attiré l’attention sur les nouveaux marchés prometteurs en Europe et en Afrique, par exemple dans le secteur de l’agritourisme et de l’agriculture biologique et les synergies possibles avec la grande distribution, les restaurants et l’hôtellerie, en soulignant l’importance des partenariats avec le secteur privé, qui pourront soutenir le développement futur de l’agriculture urbaine.

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