Commerce régional en Afrique : moteurs de développement, tendances et opportunités

Les experts présents au 47e Briefing de Bruxelles sur le développement intitulé « Commerce régional en Afrique : moteurs de développement, tendances et opportunités », s’accordent à dire que la plus grande opportunité de marché se trouve au cœur du continent. L’événement, qui s’est tenu vendredi 3 février 2017 au Secrétariat ACP, a rassemblé près de 200 personnes qui ont rejoint les organisateurs (le CTA, l’IFPRI, la Commission européenne/DEVCO, le Secrétariat ACP et CONCORD) pour discuter des progrès réalisés pour l’intégration des marchés régionaux africains et envisager des suggestions pour surmonter les barrières commerciales entre les pays d’Afrique. Le briefing fut également l’occasion pour le CTA et l’IFPRI de présenter les principaux résultats du Rapport sur le statut du commerce agricole en Afrique (AAFTR) 2017.

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« Lorsque vous analysez le commerce intra-africain, vous notez le contraste entre les exportations de produits bruts vers le reste du monde et les exportations à plus grande valeur ajoutée en Afrique » a expliqué le conférencier principal, le Dr Mukhisa Kituyi, Secrétaire général de la Convention des Nations Unies sur le commerce et le développement (UNCTAD), qui est intervenu dans le cadre de plusieurs thématiques du paysage commercial du continent africain. En raison de l’incertitude du climat économique des destinations internationales majeures des exportations africaines, le Dr Kituyi a tenu à souligner la résilience que peuvent développer les économies africaines au travers du commerce intra et inter-régional.

Plusieurs autres participants éminents ont également souligné le potentiel du commerce intra-africain à conférer une valeur ajoutée et une productivité supplémentaire au secteur agricole. Pour y parvenir, l’échelle, la diversité et la fluidité des transactions transfrontalières doivent cependant augmenter de manière significative.

Dans sa présentation des tendances du commerce régional africain, le Dr. Ousmane Badiane, Directeur pour l’Afrique de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), a fait remarquer qu’en ce qui concerne les produits agricoles, même si les pays d’Afrique sont la destination de seulement 20 % des exportations africaines, on constate une augmentation notable de la compétitivité des marchés régionaux, ce qui est de bon augure pour le commerce agricole domestique. Ce point figure parmi les opportunités découlant de l’évolution de la demande et de la consommation en raison des transitions démographiques en Afrique. Par exemple, la croissance la plus rapide dans le commerce intra-régional africain concerne les marchandises de valeur élevée comme le poisson et les produits animaux, ainsi que les huiles végétales et alimentaires.

Les panélistes ont partagé plusieurs recommandations sur la simplification du commerce transfrontalier. Ce fut notamment le cas du Dr Badiane, qui a souligné que l’élimination du « harcèlement commercial » serait l’élément qui exercerait le plus d’effet sur le commerce inter-régional. Annette Mutaawe a également exprimé ce point de vue et a présenté plusieurs initiatives soutenues par TradeMark East Africa dans cet objectif précis. Parmi ces initiatives, citons les innovations technologiques comme une plateforme de téléphonie mobile permettant aux petites productrices d’accéder à des camions disponibles pour transporter leurs denrées au marché. Cela vient s’ajouter au soutien à des agences gouvernementales d’Afrique de l’Est qui gèrent les douanes et le transport afin de simplifier les procédures et de réduire les coûts et les retards dans les déplacements transfrontaliers.

annette mutaawe« Les produits agricoles sont périssables, si vous ne les transportez pas rapidement au-delà des frontières, c’est un problème majeur. Nous avons découvert qu’il y a d’immenses opportunités commerciales pour les entrepreneuses. »
Annette Mutaawe, TradeMark East Africa

 

L’accès aux finances reste un problème prédominant pour les fermiers africains, les entreprises agricoles et les PME. Les gouvernements éprouvent également des difficultés à financer des projets de grandes infrastructures qui pourraient alléger les coûts commerciaux entre les pays. C’est dans ce contexte qu’Ishmael Sunga, PDG de la Confédération sud-africaine des syndicats agricoles (SACAU) et Nana Osei-Bonsu, Directeur général de la Fédération des entreprises privées du Ghana, ont cité des exemples de réussites de PPP – à la fois dans le cadre de partenariats public-privé et privé-privé – comme un moyen pour les producteurs de renforcer leur présence sur le marché et leur pouvoir de négociation vis-à-vis d’autres acteurs de la chaîne de valeur, notamment les banques et les acheteurs. Josephine Mwangi de la Banque africaine de développement, a parlé de la nécessité de réduire le risque dans l’investissement agricole, un domaine sur lequel la Banque travaille déjà par le biais de son initiative « Nourrir l’Afrique » et de la mobilisation de financements pour la transformation agricole de l’Afrique.

Un commerce intra-africain plus intense dépendra non seulement des actions des entreprises et des gouvernements, mais aussi des institutions régionales partenaires qui peuvent catalyser l’action à plus grande échelle. Au niveau régional, des organisations comme l’Alliance pour le commerce des produits de base en Afrique orientale et australe (ACTESA), intégrée au bloc régional COMESA, ont créé un environnement efficace par le biais de partenariats et d’investissements promouvant le commerce intra-régional de fertilisants et autres intrants.

La Commission européenne a profité du briefing pour présenter avec force son soutien au commerce régional en Afrique. Selon Sandra Gallina, Directrice du développement durable, DG Commerce, en ce qui concerne les accords de partenariat économique, « des bénéfices peuvent être réalisés au sein des régions et entre les groupes de l’APE grâce à la possibilité de cumul. Cette préférence régionale est selon nous cruciale dans le jeu intra-régional de l’APE. » Cette déclaration faisait directement écho aux inquiétudes relatives aux implications des APE pour l’intégration régionale dans les pays ACP, particulièrement pour l’Afrique. Dans son allocution finale, Roberto Ridolfi, Directeur pour la Croissance durable et le développement, DG EuropeAid, a présenté les engagements actuels et futurs de la Commission européenne pour soutenir le financement de l’électrification et de l’agroalimentaire pour l’Afrique (ElectriFI et AgriFI respectivement). Ces deux instruments ont pour objectif de réduire les risques d’investissement dans ces deux domaines clés pour le développement régional de l’Afrique et de simplifier la levée de fonds de sources publiques et privées. Roberto Ridolfi a également souligné que les instruments d’aide doivent être utilisés pour mobiliser les finances privées dans le but de faire croître les entreprises fructueuses. Il reconnaît la nécessité de développer une plateforme en ligne consolidant toutes les informations sur les divers programmes de la CE qui soutiennent le commerce.

Le directeur du CTA, Michael Hailu, a également exprimé le souhait de voir le commerce régional en Afrique mener à la création de plus d’emplois et d’opportunités dans les zones rurales. Un engagement plus grand de la part du secteur privé est selon lui nécessaire. Pour ce qui est des activités futures, le CTA s’engagera en avril ou mai avec la DG Devco dans un exercice préparatoire au Forum des affaires UE-Afrique qui aura lieu durant les Journées européennes du développement 2017 (en juin, à Bruxelles). Une déclaration par des dirigeants commerciaux et des directeurs généraux sera présentée au Sommet Union européenne-Afrique, prévu à Abidjan en novembre 2017.

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