Panel JED : Développer la résilience afin d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition

Le 26 novembre 2013, à l’occasion des Journées européennes du développement (JED) à Bruxelles, les orateurs d’un panel de haut niveau ont déclaré que si l’on voulait développer la résilience afin d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition, il était nécessaire d’agir immédiatement par des approches intégrées associant de multiples parties prenantes. Ce panel, modéré par Zeinab Badawi, journaliste à la BBC, a été organisé par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO).

Resilience-building for improved food security & nutrition

Les participants du panel ont discuté des enseignements partagés et ont émis leurs points de vue en la matière. Plus de 200 personnes ont pris part au panel et plusieurs participants ont eu l’opportunité de poser leurs questions et de partager leurs expériences. Le débat du panel a été posté en ligne et la vidéo peut être téléchargée ici.
Il est essentiel de comprendre les dimensions multiples de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de la résilience si l’on veut lutter contre la famine et la pauvreté à long terme. Les petits exploitants représentent une part importante des populations mondiales vulnérables se trouvant dans une situation d’insécurité alimentaire. Afin de réduire et de gérer les risques, ils doivent pouvoir accéder à des technologies et des pratiques agricoles adaptées au climat, à des filets de sécurité, à des opportunités d’éducation, à des services financiers et à des environnements politiques propices aux populations défavorisées.
Les investissements dans des variétés culturales résistantes aux maladies réduisent la vulnérabilité aux pertes de cultures et améliorent la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Des programmes tels que des transferts en liquide et en nature et des campagnes « travail contre nourriture » et des campagnes d’éducation à la nutrition peuvent également contribuer à augmenter les revenus des ménages et leur consommation d’une nourriture saine. Les impacts de la volatilité des prix peuvent être atténués par le biais de filets de sécurité, de systèmes d’information, d’assurances indicielles et d’instruments de gestion des risques.
Développer la résilience implique d’anticiper la probabilité et la localisation des chocs, de promouvoir des mesures préventives, d’atténuer les dégâts et d’encourager le rétablissement et la restauration là où ces dégâts sont inévitables. Les membres du panel de cette session coorganisée par le CTA et l’IFPRI ont partagé les enseignements et les réussites des expériences passées de développement de la résilience et ont exploré des options politiques d’avenir.

Les intervenants étaient issus de diverses régions du monde, mettant en avant des expériences uniques : Joe Costello, ministre du Commerce et du Développement (Irlande) ; Florence Chenoweth, ministre de l’Agriculture (Libéria) ; Ernest Ruzindaza, secrétaire permanent du ministre de l’Agriculture (Rwanda) ; Shenggen Fan, directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires ; Michael Hailu, directeur du Centre technique de coopération agricole et rurale ; Kalilou Sylla, secrétaire exécutif, ROPPA ; Stephan Tanda, membre du Conseil d’administration, DSM.

Florence Chenoweth, ministre de l’Agriculture du Libéria, a attiré l’attention sur les décisions prises par des agences ou des autorités nationales afin de réduire les dépenses dans le secteur agricole et a déclaré « voilà ce qui nous hante. » Elle a appelé à accorder une attention particulière à la réduction de la charge pesant sur les femmes dans le domaine agricole, au moyen de meilleurs intrants et outils et en mettant l’accent sur les questions de propriété foncière. Elle a expliqué que les producteurs libériens parvenaient à cultiver aisément de petites parcelles, mais n’avaient pas les droits fonciers officiels requis pour s’adonner aux cultures à long terme, investissement nécessaire si l’on souhaite développer la résilience.

Ernest Ruzindaza, secrétaire permanent du ministère de l’Agriculture et des Ressources animales au Rwanda, a rappelé qu’il était important d’allouer des financements publics à la croissance agricole, ce que plusieurs pays africains ont fait par le biais du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Les efforts du Rwanda pour développer la résilience en vue de la sécurité alimentaire et nutritionnelle se sont également concentrés sur le capital humain : « Si l’on veut développer la résilience, une approche de développement axée sur l’humain est nécessaire. Si l’objectif est de développer la résilience de votre peuple, vous devez investir en eux », a expliqué M Ruzindaza. Ce type d’investissement requiert une approche multisectorielle, comme l’a démontré le plan intégré pour la sécurité alimentaire et la nutrition mis en œuvre au Rwanda, qui réunit les ministères de l’Agriculture, des Finances, du gouvernement local, de la Santé, de l’Education et du Genre.

Joe Costello, ministre du Commerce et du Développement de l’Irlande, a fait remarquer que la résilience était « une des principales priorités pour nous tous » et que pour y parvenir, il fallait relier toutes les situations, de la catastrophe au redressement, en passant par la réhabilitation et le développement. Selon lui, cela requiert de renforcer le côté humanitaire ainsi que les structures et les mécanismes d’aide en matière de prévention et de réponse, des éléments essentiels pour faire avancer les politiques.

Selon Marcus Cornaro, Directeur général adjoint pour la DG Développement et coopération – EuropeAid, si l’on veut faire avancer l’agenda politique de la sécurité alimentaire et garantir sa place dans le cadre post-2015, il faut retourner aux racines de l’insécurité alimentaire. La Commission européenne prévoit de placer l’alimentation, la nutrition et le développement rural au cœur de son prochain cycle de programmes. Pour cela elle compte appliquer une approche basée davantage sur les faits afin d’établir des partenariats stratégiques avec des pays connus pour leur insécurité alimentaire. M. Cornaro a déclaré que « si l’on observe l’Union européenne aujourd’hui, il est possible de dire que nous sommes plutôt doués pour aider les pays à rebondir, mais je pense qu’aujourd’hui, la question est de savoir comment mieux rebondir. »

Kalilou Sylla, secrétaire exécutif du Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), a souligné la nécessité d’identifier les principales sources de chocs pour les producteurs puis de trouver les réponses adéquates. M. Sylla a déclaré que les petits producteurs avaient été fortement touchés par les chocs sur les marchés et les prix et qu’il conviendrait donc que les efforts de développement de la résilience ciblent ces questions. Il a mis l’accent sur le rôle important de ces producteurs dans le secteur privé et a ajouté : « Lorsque l’on observe les investissements réels sur le terrain… le petit producteur est le premier investisseur en Afrique. »

Stephan Tanda, membre du Conseil d’administration du Royal DSM, a également insisté sur le rôle du secteur privé dans le développement de la résilience à des fins d’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Il a déclaré que le secteur privé était « un partenaire indispensable pour la mise à disposition d’une d’alimentation nutritive ». Les partenariats public-privé, tels que ceux du Royal DSM au Rwanda, peuvent aider les producteurs locaux à améliorer le contenu en micronutriments de leurs produits et aider les gouvernements à fournir une alimentation plus nutritive à des millions de personnes souffrant de la faim chaque année. Selon M. Tanda, les efforts doivent être initiés dans le domaine politique étant donné qu’un plan national solide est crucial si l’on veut rendre un pays résilient sur le plan nutritionnel.

Michael Hailu, Directeur du CTA, était d’accord pour dire qu’un engagement gouvernemental de taille et un fort leadership étaient des éléments essentiels. Il a fait remarquer qu’il était tout aussi important d’ « impliquer les communautés locales et de mettre les connaissances indigènes des communautés au service du développement de la résilience ». Dans ses travaux, le CTA regroupe diverses parties prenantes, allant de décideurs politiques à des organisations de producteurs, en passant par des communautés de bailleurs de fonds. Le CTA a par exemple utilisé des outils de cartographie participative avec les communautés indigènes afin de contribuer à l’intégration des connaissances locales dans la planification de l’exploitation des terres et dans les programmes d’adaptation au changement climatique.

Shenggen Fan, directeur général de l’IFPRI, a décrit les chocs commerciaux et environnementaux qui ont touché les systèmes alimentaires mondiaux et nationaux ces dernières années. Il a expliqué que les gens, qu’ils soient des consommateurs ou des producteurs pauvres, méritaient une alimentation nutritive, mais que « malheureusement, ces sept ou huit dernières années, l’accès à cette alimentation n’a pas été garanti… Ces vulnérabilités persisteront si nous n’agissons pas immédiatement. » Le Dr Fan a fait remarquer que les jeunes pouvaient jouer un rôle essentiel dans la transformation du secteur agricole africain, mais qu’il leur faillait un meilleur accès aux terres ainsi qu’aux services financiers et techniques. Il a également souligné le rôle unique des organisations de recherche qui contribuent à combler le manque de connaissances en matière de développement de la résilience et pour découvrir des domaines qui ont besoin d’un soutien plus important en matière de recherche.

Les discussions actuelles autour de l’agenda post-2015 pourraient bien donner l’occasion de veiller à ce que le renforcement de la résilience soit pris en compte. Les participants du panel se sont accordés pour dire que traduire les promesses en engagements politiques pour un changement durable nécessitera un leadership solide de la part des autorités nationales, de meilleurs mécanismes de mise en œuvre et des partenariats intersectoriels.

Source: CTA, IFPRI et PAFO

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