Le transfert de fonds comme outil de développement

Peter Hansen (Institut danois d’études internationales – DIIS) a enrichi le débat avec les conclusions de ses recherches sur les envois de fonds en Afrique. Différemment des orateurs précédents, il a plutôt mis en lumière les aspects critiques de la « remise mantra ». Dans le pire des cas, l’argument des envois de fonds est utilisé par les gouvernements pour contourner leurs responsabilités face au développement.

En premier lieu, « nous n’avons pas un très cadre précis de ce qui se passe », en raison de l’absence de données sur les migrants et les transferts de fonds, a regretté M. Hansen. Cependant, ce que nous savons, c’est que l’Afrique du Nord est le principal bénéficiaire du continent africain, tandis que l’Afrique sub-saharienne ne reçoit que relativement peu de transferts de fonds. Les dix principaux pays bénéficiaires d’Afrique subsaharienne obtiennent seulement entre 800 et 1200 millions de dollar US, tandis que le Maroc, majeur bénéficiaire, bénéficie de plus de 6000 millions de dollars US chaque année.

(interview en anglais)

Selon M. Hansen, l’importance des envois de fonds en Afrique sub-saharienne est surestimée. En comparaison avec l’aide publique au développement (APD) et les investissements directs étrangers (IDE), le volume des envois de fonds officiellement enregistrés est plutôt petite (11 milliards de dollars US en 2007, en comparaison avec 22 milliards de dollars d’investissements étrangers directs et 26 milliards de dollars d’APD). Toutefois, les envois de fonds à l’Afrique subsaharienne ne sont généralement pas envoyés par l’intermédiaire des banques, mais plutôt avec l’aide de réseaux informels ou personnels. Comme exemple, on peut citer la hawala en Somalie et le secteur des transports en Tanzanie et au Kenya, qui fonctionnent comme système de transfert d’argent. En outre, les envois de fonds de milieux urbains et ruraux et ceux intra-régionaux, qui ne sont pas représentés dans les statistiques, jouent un rôle de premier plan en Afrique sub-saharienne.

Comme possibilités de développement, M. Hansen a identifié en premier lieu le renforcement du secteur financier, qui pourrait être obtenu par le biais de la mise en place de banques dans les zones rurales, la déréglementation des marchés de transfert de fonds afin d’accroître la concurrence et de réduire les coûts, ainsi que l’usage d’Internet et des SMS pour transférer de l’argent. Deuxièmement, en développant le potentiel des politiques de développement liées à la migration et à la diaspora. Une efficace gestion des migrations pourrait freiner la fuite des cerveaux et encourager un développement cofinancé.

Malgré ces opportunités, M. Hansen reste sceptique sur le « mantra des transfert de fonds ». Le débat autour des transferts de fonds a en effet tendance à transformer la diaspora en instrument pour le développement. Mais il faut se demander si le développement est vraiment lié avec la responsabilité des diasporas. «Que pouvons-nous penser des migrants qui vivent souvent dans la misère et avec la charge de l’envoi de fonds? », a-t-il demandé. L’accent mis sur les envois de fonds ne devrait pas détourner l’attention du fait que l’État garde le rôle le plus important dans le développement.

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En savoir plus sur le Briefing du 11 décembre 2008.

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