‘Food miles’ ou éradication de la pauvreté?

M. Benito Müller (Oxford Institute for Energy Studies) a présenté le concept de ‘food miles’ lors du 4ème Briefing de Bruxelles sur le développement. Différemment des autres intervenants, qui ont souligné davantage de bénéfices potentiels des politiques d’adaptation au changement climatique pour les pays en voie de développement, M. Müller a souligné que les politiques environnementales peuvent nuire au développement, critiquant fortement les ‘food miles’, exemple d’une politique environnementale pouvant contraster avec les efforts mis en place pour le développement.

Les citoyens, tout comme les organisations professionnelles, sont fortement encouragés à consommer des produits locaux plutôt que d’acheter des produits non compatibles avec l’environnement. Par exemple, les fraises importées de pays comme le Kenya sont devenues un cas typique de ‘produit à haute emprunte carbonique’ que le consommateur responsable devrait éviter. Certains supermarchés au Royaume-Uni ont introduit un label de production ad hoc invitant à consommer les produits locaux; dans certains cas ils ont cessé d’acheter des fleurs poussées au Kenya. Ceci a bien sûr provoqué de très fortes réactions de la part des pays comme le Kenya, préoccupés pour les conséquences qu’un tel comportement pourrait provoquer.

M. Müller a fortement critiqué cette pratique. En premier lieu, le concept de ‘food miles’ est un indicateur simplifié des conséquences du changement climatique. De simples distances ne sont pas les seuls facteurs qui influencent l’impact du changement climatique sur l’alimentation. Quand on regarde au cycle entier d’un produit, les fleurs poussées au Kenya ont une émission de carbone plus basse que les fleurs qui croissent dans les serres réchauffées et illuminées aux Pays-Bas, même en y incluant les émissions de gaz liées au transport. Les “Food miles”, a affirmé M. Müller, “sont malheureusement inadéquats comme mesure de l’impact du changement climatique sur les produits de l’agriculture. Ce qui est nécessaire est plutôt une analyse des émissions de carbone du cycle de production dans son ensemble”.

En second lieu, les dommages causées aux pays pauvres par le boycottage de leurs produits est significatif. Selon une recherche, un million de foyers au Kenya sont en partie dépendants du commerce de produits frais rien qu’avec le Royaume-Uni. La production destinée au Royaume-Uni a apporté pas moins de 100 millions de pounds par an au Kenya.
En troisième lieu, M. Müller a défini le concept de ‘food miles’ comme un terme hypocrite, du moment qu’il est appliqué uniquement à des produits alimentaires de base et non pas par exemple à des biens comme les ordinateurs ou les voitures.

Enfin, il est injuste de punir les pays en voie de développement. Les exportateurs de taille sont les pays les plus pauvres mais aussi les moins polluants. “Ils sous-utilisent ce que nous surutilisons”, a souligné M. Müller.

(video en anglais)

Des solutions réalisables face au dilemme des ‘food miles’ existent. La finance publique pourrait compenser les émissions de gaz à effet de serre produits par le transport international pour les importations de fruits et légumes depuis les pays les plus pauvres. Les projets du ‘Clean Development Mechanism’ dans ces pays pourraient représenter une mesure adéquate. Un label transparent et équitable pourrait aider le consommateur à prendre en compte d’une part les compensations de carbone et de l’autre les bénéfices du développement. Le label ‘croissance sous le soleil’ proposé par la ‘Kenyan High Commission’ pourrait représenter une façon de mettre en évidence les effets de l’éradication de la pauvreté. Enfin, les pays consommateurs devraient encourager une transition vers un système de transport moins riche en carbone, par exemple en améliorant les capacités de transport maritime, afin de rendre possible le commerce par voie maritime.

Dans sa conclusion, M. Müller a souligné que “manger des fraises du Kenya à Noel n’est pas un plaisir duquel se sentir coupable, mais une obligation morale”!

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En savoir plus sur le Briefing du 13 février

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