Ruralité, résilience, fiabilité : trois piliers du développement rural

La première session a apporté une perspective globale au défi de la globalisation des économies rurales de subsistance en Afrique, au Pacifique et aux Caraïbes.

Steve Wiggins de ODI a souligné certains des défis du développement rural en Afrique – Sida/HIV, changement climatique, accords commerciaux (tous bien connus) en apportant des exemples comme les marchés urbains injoignables pour les producteurs locaux (problème moins connus). Les producteurs, comme a souligné un intervenant dans le public, veulent simplement “que leurs produits soient achetés.” Trouver des marchés fiables pour les produits ruraux a été un problème récurrent dans les discussions qui ont suivi. Comme a souligné par la suite Thomas Elhaut (FIDA), si d’un côté les problèmes peuvent sembler être uniquement ‘ruraux’, cela n’est pas le cas pour les solutions.

M. Wiggins a aussi souligné certains développements surprenants en Afrique rural – comme la rapide diffusion des téléphones portables – et ceci n’est qu’un début, selon lui. Il nous a aussi demandé de nous tenir prêts à certains autres ‘succès’ dans le futur; il nous a illustré certaines statistiques montrant que la productivité de céréales actuellement dans certains pays d’Afrique est un « succès » comme l’a été la révolution du riz en Asie. Il y a beaucoup à apprendre de cette expérience.

Malgré ces succès peu connus, M. Wiggins a souligné que la préparation nécessaire pour faire face aux calamités et à la vulnérabilité représentait une question majeure à approfondir. Selon lui, s’il est vrai que la sécheresse, les inondations et autres désastres naturels ne nous surprennent plus, nous sommes encore mal préparés à les affronter.

Outre une meilleure préparation, une réponse pourrait être liée à la résilience – la capacité d’adaptation – des populations rurales. Ces capacités sont fondamentales. Justement comme suggéré par M. Elhaut, les aires rurales agissent comme des parachutes humains, récupérant les personnes à temps quand le secteur moderne urbain échoue, et c’est alors la population rurale a besoin de ce que Wiggins appelle “de meilleurs liens, de meilleures connections” qui leur permettent d’adapter et développer la résilience dont ils ont besoin pour surmonter les désastres.

Les deux orateurs suivants ont élargi le débat de l’Afrique au Pacifique et aux Caraïbes. Parmi eux, Thomas Elhaut et Al Binger ont présenté un cadre plutôt pessimiste des niveaux de vie rurale, niveaux de subsistance et perspectives dans les deux régions insulaires. Les deux régions sont constituées de plusieurs petites iles ou les marchés locaux sont petits et distancés entre eux, spécialement dans la région Pacifique. Les économies insulaires dépendent souvent de quelques produits de base – sucre, banane ou tourisme pour le moment – et ressentent d’un phénomène d’exil (« brain drain ») de leur capital intellectuel, faisant de plus en plus confiance aux fonds venant des citoyens venus de l’étranger, et leurs environnements naturels sont vulnérables à la dégradation et aux désastres. Malgré la superficie limitée des terres en question, les populations rurales ressentent des infrastructures pauvres, du fort taux de chômage, des problèmes sociaux grandissant qui comportent un haut taux de suicide, de l’accès limité aux services de base, et du déclin dans les possibilités de carrière. Les jeunes semblent être particulièrement à risque.

Aux Caraïbes, ces problèmes sont en partie dus aux couts élevés de la globalisation – les aires rurales ont perdu du terrain dans les débats de commerce international (où les pays ACP sont en train de perdre leurs accès aux marches préférentiels); ils ont en particulier échoué dans la tentative de trouver une solution efficace à long terme pour les emplois perdus. Le Professeur Binger a aussi mis en évidence une « perte de leadership» au détriment des producteurs ruraux.

Un nouveau paradigme?

Que peut-on faire? Steve Wiggins a souligné encore une fois le bénéfice pour les marchés locaux que créerait une demande locale pour un produit local. Al Binger partage cet avis: “On ne peut pas programmer le développement rural si on n’est pas en mesure d’offrir des marchés ”, ni être compétitifs sur nos propres marchés.

De façon plus importante, Binger a insisté pour un nouveau paradigme, qui soit ‘sexy’ et fasse du développement rural la Une des médias. La diversification est certainement une partie de la nouvelle approche, mais pas nécessairement seulement parmi les producteurs, mais aussi pour destiner à de nouveaux usages les produits qui existent déjà [en savoir plus]. Il est important de regarder au-delà de la pure production agricole pour prendre en considération le système dans sa globalité, de la production à la commercialisation jusqu’à la phase de consommation.

Selon Al Binger, ce nouveau paradigme ne doit pas s’appliquer que dans les aires rurales. L’OMC, pour le moment, pourrait soutenir plus activement le développement rural dans les petites iles des pays en développement – tout en différentiant entre petits et grands marchés. Les règles de l’OMC doivent être équitables avant d’être identiques. Comme Arnold Thomas de St. Vincent a souligné ensuite: “une mesure ne s’adapte pas à tous.” De plus, comme ajoute Al Binger, les pays de l’OCDE qui souhaitent protéger leurs propres producteurs ne devraient pas le faire au détriment des autres producteurs.

Pour Thomas Elhaut du FIDA, il est crucial que l’agriculture retourne au centre des discussions du développent. Ceci demande un dialogue politique renforcé aux niveaux national et international, ceci signifie “donner la voix aux pauvres ” – en renforçant les capacités locales; et aussi en se tournant vers les communautés rurales d’un nouvel œil. Elhaut a insisté sur le fait que “l’on regarde les pauvres comme des producteurs contribuant à la croissance” – une partie de la solution plutôt que le problème.

Thomas Elhaut analyse les défis du monde rural dans le Pacific (en anglais)[blip.tv ?posts_id=295182&dest=-1]

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