Les défis du développement rural dans les pays ACP

juillet 20, 2007

Le 4 juillet dernier, plus de cent experts se sont réunis à Bruxelles pour débattre du thème des défis du développement rural dans les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique.

Organisé par le CTA conjointement à d’autres partenaires, le premier ‘Briefing sur le Développement à Bruxelles’ avait pour but d’analyser les questions de l’environnement macroéconomique et de son impact sur les populations rurales pauvres, du processus d’intégration régionale africaine et des questions de l’efficacité, de l’harmonisation et de la cohérence de l’aide des donateurs. Les participants ont interpellé de façon active et participative les orateurs concernant leurs problèmes et les actions à entreprendre.

La bonne nouvelle est qu’il semble que l’agriculture et le développement rural soient à nouveau des priorités de l’agenda international. Les messages clé ont porté sur la nécessité de considérer les populations rurales comme des contributeurs à la croissance et la prospérité, donc comme une partie de la solution plutôt que le problème. Par ailleurs les gouvernements nationaux devraient tenir leurs promesses et appuyer le développement rural. Les donateurs doivent trouver une solution d’urgence aux questions de cohérence de leurs interventions et écouter davantage les communautés rurales.

Lisez le rapport de la réunion en format pdf .

Consulter d’autres rapports, du matériel de référence, des interviews, les présentations et les enregistrements vidéo : www.brusselsbriefings.net

Les prochains Briefings de septembre et octobre auront pour thème le Rapport du Développement dans le monde 2008 sur « L’agriculture au service du développement » et la récente comunication de la Commission européenne sur « L’Etat d’Avancement de l’Agriculture Africaine ».


Documents vidéos du premier Briefing

juillet 7, 2007

Les présentations ainsi que les discussions du premier Briefing sur le développement à Bruxelles (4 juillet 2007) enregistrées par WUR TV sont disponibles sur ce site Internet.

WURTV se sert de Microsoft Windows Media services. Internet explorer 5.5+ et Windows Media Player 9+ sont nécessaires afin de pouvoir visionner le document vidéo. [Télécharger les instructions]. A noter que la langue des intervenants correspond à la traduction en langue anglaise des interprètes.

Les séquences suivantes sont disponibles:

Introduction

Isolina Boto
Hansjörg Neun
Peter Ballantyne
Ferdinand Nyabenda
Philippe Mikos

Panel 1: L’environnement macroéconomique et son impact sur les populations rurales pauvres

Marc Debois 1
Steve Wiggins
Marc Debois 2
Thomas Elhaut
Marc Debois 3
Al Binger
Marc Debois 4

DEBAT

SPanel 2: Contexte politique et processus d’intégration régionale africaine

Hansjörg Neun 1
Mme Carolina Quina
Hansjörg Neun 2
Ramesh Jaura 1
Marcel Mazoyer
Ramesh Jaura 2
Michael Waithaka
Mamadou Cissokho

DEBAT

Panel 3: Efficacité, harmonisation et cohérence de l’aide des donateurs

Errol Humphrey
Bernard Petit
Michael Wales
Denise Auclair

DEBAT

Conclusions
Hansjörg Neun


Diversification: changer les habitudes, pas les cultures !

juillet 7, 2007

La question de la diversification et de l’emplacement des marchés a été un thème récurant durant les discussions du matin.

Argumentant que “aucune agriculture a un seul et unique usage,” le Professeur Al Binger a suggéré qu’au lieu de suivre les conseils habituels de passer d’une agriculture à une autre, il serait préférable de passer à d’autres usages sur une culture déjà existante.

Prenant l’exemple du sucre, M. Al Binger a affirmé qu’il y a deux bonnes raisons de laisser les producteurs cultiver un terrain qu’ils connaissent bien et qui s’adapte à l’environnement et aux changements d’utilisation dont il pourrait être objet.

L’aspect financier: quand il est cultivé pour les édulcorants, 10 tonnes de sucre de canne peuvent valoir environ 250 dollars, mais si utilisé pour l’énergie il peut valoir 1200 dollars [aux Caraïbes].

L’aspect environnemental: cultiver le sucre de canne pour sa biomasse au lieu que pour son sucrose pourrait être “juste comme un bon pétrole” – mais avec les avantages d’une source d’énergie renouvelable.

Ecouter l’interview (en anglais):

Arnold Thomas de l’OECS commente la présentation du Professeur Al Binger (en anglais):


Pauvreté paysanne, sous-alimentation et avenir de l’humanité

juillet 6, 2007

Si pour être durable, le développement doit à la fois subvenir aux besoins présents de l’humanité et créer les conditions, écologiques, économiques, sociales, culturelles et politiques, nécessaires pour subvenir à ses besoins futurs, alors il est clair que le développement agricole des dernières décennies, qui ne subvient pas aux besoins alimentaires présents de toute l’humanité, sans pour autant créer les conditions nécessaires pour subvenir à ses besoins futurs, ne peut être considéré comme durable.A cet égard, les Objectifs du millénaire pour le développement, adoptés en l’an 2000, par la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement, qui visent à réduire de moitié la pauvreté et la sous-alimentation dans le monde, pour 2015 au plus tard, témoignent d’une prise de conscience universelle et salutaire du caractère inacceptable de la situation agricole et alimentaire mondiale actuelle. .

Mais on sait déjà, dans les institutions concernées, que cet objectif sera loin d’être atteint en 2015. Et il parait convenu de considérer cet échec comme un simple retard, qui serait dû au fait que les moyens engagés pour y remédier ont été inférieurs aux moyens prévus et assez mal utilisés, et d’en conclure qu’il suffirait de les accroître et de les mieux gérer, pour atteindre ultérieurement cet objectif. Nombreuses, cependant, sont les personnes qui, à l’intérieur de ces institutions ou en dehors d’elles, ne partagent pas cette vision, qui se veut rassurante, des choses.

Nous pensons que la gravité de la situation a été, au fond, sous-estimée, que ses véritables causes n’ont pas été clairement reconnues et que les remèdes conventionnels, prévus pour atténuer la pauvreté et la sous-alimentation, qui ne sont pas de nature à en réduire les causes, seront toujours insuffisants.

Pour atteindre les objectifs déclarés il faut en effet commencer par répondre aux questions suivantes : Quelle est l’étendue des insuffisances agricoles et alimentaires présentes ? Quelles en sont les causes? Les conséquences ? Les perspectives ? Quelles propositions de politiques peut-on faire pour y remédier durablement ?

Lire le texte intégral des remarques de M. Marcel Mazoyer – Professeur à l’Institut national agronomique Paris-Grignon : Intervention de M. Mazoyer


Ruralité, résilience, fiabilité : trois piliers du développement rural

juillet 5, 2007

La première session a apporté une perspective globale au défi de la globalisation des économies rurales de subsistance en Afrique, au Pacifique et aux Caraïbes.

Steve Wiggins de ODI a souligné certains des défis du développement rural en Afrique – Sida/HIV, changement climatique, accords commerciaux (tous bien connus) en apportant des exemples comme les marchés urbains injoignables pour les producteurs locaux (problème moins connus). Les producteurs, comme a souligné un intervenant dans le public, veulent simplement “que leurs produits soient achetés.” Trouver des marchés fiables pour les produits ruraux a été un problème récurrent dans les discussions qui ont suivi. Comme a souligné par la suite Thomas Elhaut (FIDA), si d’un côté les problèmes peuvent sembler être uniquement ‘ruraux’, cela n’est pas le cas pour les solutions.

M. Wiggins a aussi souligné certains développements surprenants en Afrique rural – comme la rapide diffusion des téléphones portables – et ceci n’est qu’un début, selon lui. Il nous a aussi demandé de nous tenir prêts à certains autres ‘succès’ dans le futur; il nous a illustré certaines statistiques montrant que la productivité de céréales actuellement dans certains pays d’Afrique est un « succès » comme l’a été la révolution du riz en Asie. Il y a beaucoup à apprendre de cette expérience.

Malgré ces succès peu connus, M. Wiggins a souligné que la préparation nécessaire pour faire face aux calamités et à la vulnérabilité représentait une question majeure à approfondir. Selon lui, s’il est vrai que la sécheresse, les inondations et autres désastres naturels ne nous surprennent plus, nous sommes encore mal préparés à les affronter.

Outre une meilleure préparation, une réponse pourrait être liée à la résilience – la capacité d’adaptation – des populations rurales. Ces capacités sont fondamentales. Justement comme suggéré par M. Elhaut, les aires rurales agissent comme des parachutes humains, récupérant les personnes à temps quand le secteur moderne urbain échoue, et c’est alors la population rurale a besoin de ce que Wiggins appelle “de meilleurs liens, de meilleures connections” qui leur permettent d’adapter et développer la résilience dont ils ont besoin pour surmonter les désastres.

Les deux orateurs suivants ont élargi le débat de l’Afrique au Pacifique et aux Caraïbes. Parmi eux, Thomas Elhaut et Al Binger ont présenté un cadre plutôt pessimiste des niveaux de vie rurale, niveaux de subsistance et perspectives dans les deux régions insulaires. Les deux régions sont constituées de plusieurs petites iles ou les marchés locaux sont petits et distancés entre eux, spécialement dans la région Pacifique. Les économies insulaires dépendent souvent de quelques produits de base – sucre, banane ou tourisme pour le moment – et ressentent d’un phénomène d’exil (« brain drain ») de leur capital intellectuel, faisant de plus en plus confiance aux fonds venant des citoyens venus de l’étranger, et leurs environnements naturels sont vulnérables à la dégradation et aux désastres. Malgré la superficie limitée des terres en question, les populations rurales ressentent des infrastructures pauvres, du fort taux de chômage, des problèmes sociaux grandissant qui comportent un haut taux de suicide, de l’accès limité aux services de base, et du déclin dans les possibilités de carrière. Les jeunes semblent être particulièrement à risque.

Aux Caraïbes, ces problèmes sont en partie dus aux couts élevés de la globalisation – les aires rurales ont perdu du terrain dans les débats de commerce international (où les pays ACP sont en train de perdre leurs accès aux marches préférentiels); ils ont en particulier échoué dans la tentative de trouver une solution efficace à long terme pour les emplois perdus. Le Professeur Binger a aussi mis en évidence une « perte de leadership» au détriment des producteurs ruraux.

Un nouveau paradigme?

Que peut-on faire? Steve Wiggins a souligné encore une fois le bénéfice pour les marchés locaux que créerait une demande locale pour un produit local. Al Binger partage cet avis: “On ne peut pas programmer le développement rural si on n’est pas en mesure d’offrir des marchés ”, ni être compétitifs sur nos propres marchés.

De façon plus importante, Binger a insisté pour un nouveau paradigme, qui soit ‘sexy’ et fasse du développement rural la Une des médias. La diversification est certainement une partie de la nouvelle approche, mais pas nécessairement seulement parmi les producteurs, mais aussi pour destiner à de nouveaux usages les produits qui existent déjà [en savoir plus]. Il est important de regarder au-delà de la pure production agricole pour prendre en considération le système dans sa globalité, de la production à la commercialisation jusqu’à la phase de consommation.

Selon Al Binger, ce nouveau paradigme ne doit pas s’appliquer que dans les aires rurales. L’OMC, pour le moment, pourrait soutenir plus activement le développement rural dans les petites iles des pays en développement – tout en différentiant entre petits et grands marchés. Les règles de l’OMC doivent être équitables avant d’être identiques. Comme Arnold Thomas de St. Vincent a souligné ensuite: “une mesure ne s’adapte pas à tous.” De plus, comme ajoute Al Binger, les pays de l’OCDE qui souhaitent protéger leurs propres producteurs ne devraient pas le faire au détriment des autres producteurs.

Pour Thomas Elhaut du FIDA, il est crucial que l’agriculture retourne au centre des discussions du développent. Ceci demande un dialogue politique renforcé aux niveaux national et international, ceci signifie “donner la voix aux pauvres ” – en renforçant les capacités locales; et aussi en se tournant vers les communautés rurales d’un nouvel œil. Elhaut a insisté sur le fait que “l’on regarde les pauvres comme des producteurs contribuant à la croissance” – une partie de la solution plutôt que le problème.

Thomas Elhaut analyse les défis du monde rural dans le Pacific (en anglais)


Le développement est devenu aujourd’hui fondamentalement politique

juillet 5, 2007

Le développement est devenu aujourd’hui fondamentalement politique. Sans doute l’objectif central demeure la lutte contre la pauvreté et la réussite de MDG’s. Mais le développement est aujourd’hui la meilleure réponse structurelle aux questions de migration, de sécurité, de protection des ressources naturelles de la planète et, tout simplement, de stabilité internationale. La conscience du long terme a prévalu. Lire le texte intégral des remarques de M. Bernard Petit – Directeur Général Adjoint de la DG Développement de la Commission européenne : Intervention de M. Bernard Petit


Pas de sécurité alimentaire sans souveraineté alimentaire

juillet 5, 2007

A travers certaines mesures, l’objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant la faim pourraient être rejoint seulement parce que les personnes souffrantes sont déjà en train de mourir en grand nombre – 6 millions d’entre eux chaque année sont des enfants. Le Professeur Marcel Mazoyer a introduit ainsi sa présentation dans le cadre du second panel sur le contexte politique et le processus d’intégration régionale en Afrique.

Selon M. Mazoyer les problèmes de sécurité alimentaire ne sont pas causés par la forte croissance de la population mondiale, ni par la dégradation des ressources naturelles ou par un manque de capacité dans la production alimentaire, mais par le fait que les plus riches prennent une part excessive du marché, laissant les plus pauvres incapables d’obtenir ce dont ils ont besoin pour vivre.

Si il est vrai qu’il y a maintenant une plus importante prise de conscience sur le fait que ‘l’acces à l’alimentation’ est un droit de l’homme fondamental, ceci est une promesse vide à moins que les pays s’engage en faveur de la sécurité alimentaire. Le développement de l’agriculture et les politiques rurales sont la clé de la question. Dans un marché sans règles, selon M. Mazoyer on ne peut pas assurer la sécurité alimentaire aux pays les plus pauvres. Ainsi les gouvernements devraient permettre de contrôler les prix des importations et exportations et compléter ‘la souveraineté alimentaire.’

M. Mazoyer a conclu en insistant sur le fait que la réelle cause de la malnutrition n’est pas la surpopulation mais des politiques faibles et les accords internationaux en vigueur. Les politiques doivent assurer l’accès à la terre, au crédit, à la recherche et au développement.
Interview au Professeur Mazoyer :

Mamadou Cissokho du ROPPA se demande pourquoi, du moment que las pays développés développent leurs propres secteurs agricoles se basant sur des marches protégés, pourquoi les autres nations ne pourraient faire de même? :


Les donateurs pourraient agir mieux en écoutant les communautés locales

juillet 5, 2007

Dans le cadre du troisième panel sur le thème « Efficacité, harmonisation et cohérence de l’aide entre les donateurs », Denise Auclair de CIDSE-Caritas Europa a présenté certaines conclusions d’une récente étude de cas de CIDSE/Caritas Europa sur l’impact de l’aide de l’UE dans les communautés rurales.

Mme Auclair a souligné la nécessité d’impliquer dans les projets la société civile à un niveau local, tout en appréciant l’initiative de la Commission représentée par le code de conduite ; des doutes subsistent sur comment les pays donateurs «leaders» seraient assignés aux différents secteurs.

Sur la question de l’harmonisation et de la division du travail entre les donateurs, Mme Auclair a affirmé que les actions de l’UE ont été utiles et ont joué rôle primordial en stimulant les donateurs européens à travailler sur ces questions. Il y a maintenant une prise de conscience sur l’impact de l’harmonisation et de la cohérence en Ouganda, Zambie et Ghana, qui analyse l’effet sur la base de la qualité et des résultats. Selon elle, l’allocation de l’aide dans différents secteurs pourrait encore être un problème tant qu’elle sera liée aux priorités des donateurs plutôt qu’à celles des gouvernements bénéficiaires.

Ecoutez ce que Mme Auclair a déclaré après la session (en anglais):